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Sultanat d’Oman, la route du vent

Direction le golfe arabo-persique pour découvrir un pays qui fait peu parler de lui mais mérite pourtant toute notre attention de kitesurfers : Oman, et plus précisément Masirah, affichent des statistiques de vent hallucinantes d’avril à septembre. Un périple qui se mérite,

C’est début mai que je reçois un courriel de Cabrinha France m’informant qu’un trip s’organise vers un nouveau spot de kite. Le tour operator Ultra Marina vient de mettre la main sur une nouvelle mine d’or ventée. Toujours excité à l’idée de découvrir de nouvelles destinations, j’ai hâte d’y être. Et puis ça me permettra de faire un break avec le tour PKRA. Cabrinha s’occupe de tout. Je retrouve Caroline Adrien, Hugo et Manu à l’aéroport de Paris et on s’envole vers Mascate (Muscat). Les avions des compagnies d’Oman Air sont équipés de la technologie dernier cri, mais sont surtout peu fréquentés à cette période, tout le monde dort donc confortablement, s’étalant sur 3-4 sièges. Habitués au climat européen assez frais, nous comprenons dès l’arrivée que le séjour sera autrement moins tempéré. Mascate : 35° la nuit ! La température est donnée et l’ambiance plutôt chaude, vous imaginez le choc.

Vous prendrez bien un Muscat à 35° ?

La capitale est aussi la plus grande ville d’Oman, un pays d’Asie qui fait face à l’océan Indien, entouré par l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis au nord et le Yémen au sud. La partie centrale d’Oman est un désert délimité au nord et à l’ouest par des montagnes, où se trouvent les plus grandes villes : Mascate, Sohar, Sur et Salalah. Notre guide Joseph reste avec nous pendant quatre jours, ce que nous n’avions pas prévu ! L’agence a inclus dans le voyage des visites pour nous faire découvrir les traditions d’Oman, sa culture et sa vie en général… C’est seulement après ce passage obligé que nous serons libres de kiter ! Nous nous sommes donc pliés au marathon consistant à visiter des musées, des mosquées, par des températures du genre 40-45° à l’extérieur, au milieu du trafic routier de la ville… Quand j’y repense aujourd’hui, on a quand même vu pas mal de trucs cool. Mais je n’y serais jamais allé si ce n’était pour le kite ! Au-delà du tour de tous les forts de la vieille cité, nous avons visité beaucoup de mosquées, les plus grandes de la ville et du pays entier ! Et les musées sont quand même un peu intéressants, maintenant on connaît tous les styles de vêtements que les Omanais ont portés de 1800 à nos jours, et les couleurs propres à chaque région.

 

"Quelle nuit fabuleuse, au milieu des étoiles, entourés par des dunes immaculées!"

 

On est allé jusqu’à faire le “Camel Trophy” dans les dunes ! Conduire et dormir dans le désert fut vraiment une super expérience. Au Brésil, tu peux parfois voir quelques dunes, c’est sympa… Mais ce n’est pas la même si pendant plus de quatre heures tu ne vois que des chameaux et du sable ! Et c’est moins drôle si Joseph n’est pas là pour retrouver notre petit “hôtel des 1 000 et une nuits” au milieu du désert ! La nuit tombait, on n’avait presque plus d’essence, personne aux alentours ; la merde quoi ! Toutes les dunes se ressemblaient. On se demandait même si on n’allait pas dormir dans la voiture… Et puis soudain, les pleins phares d’un 4×4 ! Les habitants d’Oman sont de loin les personnes les plus amicales que j’aie jamais rencontrées. Ils se repèrent dans le désert comme nous dans le métro ! Le gars nous a conduits jusqu’au petit “hôtel” où notre tente nous attendait déjà… Sans trop tarder, on s’est endormis dans le silence du désert. Quelle nuit fabuleuse, au milieu des étoiles, entourés par des dunes immaculées ! Ça vaut le détour.

On the road to Masirah

Le lendemain matin, on a commencé notre “périple de l’espoir” : parcourir la moitié du désert d’Oman afin d’atteindre l’océan, enfin plutôt le ferry pour traverser jusqu’à Masirah. Les distances à Oman semblent doubles voire triples ; si le panneau indique 100 km, il faut compter facile 200 km ! Et 200 bornes à Oman, c’est une route droite du début à la fin, des deux côtés du sable, seulement du sable, pas de maisons, pas de buildings et pas de stations-service ! On avait l’impression de jouer dans un film, la ligne d’horizon nous donnant l’illusion qu’il y avait de l’eau partout autour de nous… Après cinq heures de route, quand on a enfin pu apercevoir l’océan, la vue était exactement la même qu’avant, on a alors compris qu’il était facile d’avoir des hallucinations ! On a tiré droit, complètement au sud, sur une route qui finissait dans un tout petit port où régnait une grande agitation causée par l’embarquement sur le ferry. L’île de Masirah, sur la côte Est d’Oman, fait environ 95 km de long et 13 km de large. La population avoisine les 12 000 habitants répartis en douze grands villages.

Monter à bord de ce ferry fut la plus grosse blague de tous les temps ! On était garé en file d’attente avec d’autres voitures depuis plus d’une heure, dans le calme, mais au moment où le ferry est arrivé, tout s’est bousculé ! Tout le monde s’est mis à crier et à klaxonner… On ne s’attendait pas à un truc comme ça ! Chacun voulait monter en premier, même ceux du bout de la file ! Après être restés un moment à la même place, Caroline et moi avons réussi à passer l’entrée, alors que les autres criaient toujours, pour embarquer notre voiture. Finalement, nous ne sommes pas montés les derniers et avons obtenu une place VIP tout près d’une chamelle aux yeux charmeurs. Une fois arrivés sur l’île, il fait déjà sombre, mais par chance on trouve deux autres kiters qui vont au même endroit que nous, au camp-école de kitesurf d’Alex, Oman Kiteboarding. Après deux jours de voyage dans le désert, on rêve vraiment d’avoir nos chambres, d’allumer la lumière, de se connecter sur Internet… Mais la vie là-bas est simple : pas d’électricité, donc pas de lumière, pas de réseau téléphonique… et défi nitivement pas d’Internet ! Heureusement, on rencontre du monde… Je suis surpris de voir que beaucoup d’Italiens, de Français et d’Allemands ont choisi cet endroit de l’est de l’Asie pour passer quelques jours en plein Ramadan. Plus tard, j’ai compris que beaucoup d’Européens qui vivent dans cette région pour des raisons professionnelles ou familiales vont passer les vacances (donc le Ramadan) à Marisah, loin des grosses températures, pour profiter du vent et prendre du plaisir sur l’eau.

Nous rencontrons Issah, rider local et surtout assistant instructeur d’Alex. C’est le mec le plus positif que je connaisse. Il répète “So far ? So good ! More far, more good” au moins dix fois par jour. Super cool, il nous aide constamment. Les présentations faites, James devient vite notre sujet de railleries favori. C’est nous qui lui donnons ce nom. Hollandais, il travaille en Arabie Saoudite, le pays où il y a le plus de prohibitions, où le truc le plus drôle que tu puisses faire est de louer un film et de le mater chez toi (les cinémas n’existent pas), sans oublier qu’il n’y a pas de femme aux alentours ! Mais il s’adonne à son passe-temps favori toute la journée : cinq-six heures de kite par jour, mange et boit pour trois, et pareil lorsqu’il s’agit de parler… on ne l’arrête plus ! Il est souvent au centre de nos conversations… quand il n’est pas là ! Il faut dire que sur ses cinq heures de kite, il en passe au moins deux à rentrer à pied parce qu’il n’écoute pas les indications sur les conditions de navigation.

 

"Tout le sud-est de Masirah recèle de spots avec de belles vagues, des digues longeant les côtes et le vent changeant de bord"

 

Le premier matin, nous sommes surpris par l’immense lagon miroitant qui s’offre à nous : 3-4 km de long et de 2 km de large, beaucoup de sable, quelques rochers au milieu. L’eau est assez profonde, un peu agitée au milieu. Il faut être prudent avec les coquillages, il y en a partout et certains sont vraiment tranchants, il vaut mieux mettre ses pompes si on commence le kite. La plus grosse période de vent à Masirah se situe entre juin et août, avec des vents de 30-35 noeuds souffl ant toute la journée. En septembre, le vent tombe, mais on peut quand même kiter avec une aile de 9 mètres ou une 11 mètres tous les jours ! Le spot étant situé face à Oman, le vent est off-shore. Le nord de l’île est occupé par une zone militaire, mais tout le sud-est recèle de spots avec de belles vagues, des digues longeant les côtes et le vent changeant de bord. Bien entendu, personne sur l’eau, les vagues nous sont réservées, grosse gavade. On appelle aussi Masirah l’île des tortues, car chaque nuit d’été elles viennent pondre sur les plages. Pendant les saisons de vent, il doit être plutôt difficile d’atteindre la plage, les vagues atteignant parfois 4 mètres de haut !

 Paye ton lagon

 Un soir, après une magnifique session au sunset qui s’est transformée en petite session de nuit, chacun fier de ses photos, on décide de rentrer vers le camp pour faire un bon repas et mater le fruit de notre travail. Il fait complètement nuit. Au bout d’un moment, on commence à voir des crabes courir devant notre 4×4. Au début c’est cool… Mais ça l’est moins lorsqu’on s’aperçoit qu’on a pris la mauvaise direction et qu’on est au milieu du lagon, vidé par la marée basse ! Cette nuit-là, ce fut “the mission” ! On est resté bloqué dans cette boue de sable, les crabes courant autour de nous pendant que la marée montait ! On a cru qu’on allait y laisser la voiture. On a même commencé à mettre tout le matos photo et vidéo sur le toit, c’était engagé. Alex a l’habitude de désensabler les imprudents avec une corde de 100 mètres. Mais cette fois, il a lui-même réussi à s’ensabler. Il était genre 23 heures et la marée allait vite monter à la hauteur des voitures. Issah a commencé à s’agiter dans tous les sens. Sans perdre son sens de l’humour, continuant de répéter “So far, so good” alors que cette fois, on était vraiment “far far profond”, il s’est mis en mode “Omani people” et le voilà parti en ville chercher de l’aide. Vingt minutes plus tard, il revient avec trois voitures, des Land Rover peut-être vieux de trente ans, avec dix personnes de plus. On est ensablé avec le 4×4 dernier cri et ces gars veulent nous sortir de là avec leurs vieux trucs rouillés ? Je n’y croyais pas vraiment, mais ils l’ont fait ! Ils l’ont fait à la Omani, comme ils disent. Le principe est simple : ils avancent avec un Land jusqu’à le coincer, puis déboulent avec le suivant pour le tirer et ainsi de suite. Résultat : en trois coups de cuillère à pot, toutes les voitures étaient sorties du lagon ! Tout simplement énoooooorme. Et après une poignée de main, un petit sourire sur leurs visages, les Omanais sont repartis simplement chez eux. Le soir suivant, nous les avons invités à un grand repas pour les remercier… Oman, c’est juste grandiose ! Après une semaine dans cet endroit incroyable, on s’est lassé de cette vie simple faite de soleil, de vent et de vagues, d’amis, sans télé, sans Internet et sans téléphone… Juste nous sur le spot ! Genre Dakhla, il y a dix ans. Je pense que c’est une expérience qu’on devrait tous vivre au moins une fois dans notre vie.

 

"On est resté bloqué dans cette boue de sable, les crabes courant autour de nous pendant que la marée montait !"

 

En route pour Mascate, le retour au trafic urbain et aux températures extrêmes nous a fait tout drôle. Mais c’était bon de retrouver sa famille après une semaine comme ça. Merci à Oman et à Cabrinha pour ce grand voyage. Je voudrais aussi remercier Caroline, Hugo et Manu pour toutes les sessions et les bons moments partagés, Alex, Issah et toute l’équipe de Kiteboarding Oman pour ce séjour génial dans le camp et enfin Thomas pour l’invitation. Un gros big up à Martine d’Ultra Marina qui a géré de main de maître cette aventure, pas forcément gagnée d’entrée. Oman est une destination originale, où rien n’est encore aseptisé et il fait bon partir à l’aventure de temps en temps. Ça change de la routine… See U up there…

 

Texte de Alby
Photos de Manu Morel / SHARKEYE RELOAD Prod.