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Ma vie, mon histoire…

Mon vrai nom est Iwanto Azalil, mais tout le monde m’appelle Iwan. La plupart des gamins de mon village ont un surnom, c’est plus simple. Je suis né en 1986 dans un petit village de pêche, Ho’ho.

Mon vrai nom est Iwanto Azalil, mais tout le monde m’appelle Iwan. La plupart des gamins de mon village ont un surnom, c’est plus simple. Je suis né en 1986 dans un petit village de pêche, Ho’ho. Mes parents sont partis de Java pour venir vivre ici lorsque mon père s’est vu proposer un poste de manager dans un hôtel pour surfers. Ici, il n’y avait pas grand-chose, pas de vraie route ni d’électricité. Mais quelques surfers avaient déjà découvert cet endroit magnifi que aux vagues parfaites. Mes amis et moi étions toujours sur la plage, en train de courir et de nous amuser. Des surfers du coin nous donnaient leurs planches cassées et c’est comme ça qu’on a appris. À l’époque, il n’y avait pas vraiment d’école à Ho’ho, et il n’y en a pas plus maintenant. C’est pourquoi dès mes huit ans, mes parents m’ont envoyé à Bali pour terminer ma scolarité. J’aimais bien Bali, mais j’ai dû laisser de côté ma vie et les amis de mon village natal. Lorsque j’ai eu fi ni mes études en 2004, j’y suis revenu. La plupart des choses étaient restées les mêmes, mais il y avait eu quelques gros changements. Plus d’hôtels, plus de surfers, plus de motos, et désormais il y avait même des gens qui volaient sur l’eau ! Je n’avais rien vu de tel auparavant. Ils appelaient tous ça le kitesurf. Je me souviens de la première fois où j’ai vu Bertrand. Il était venu ici avec son ami Jeff Tobias en 2004, ils passaient de longues heures à voler sur l’eau, tapant vague après vague.

 

"Je n’avais rien vu de tel auparavant. Ils appelaient tous ça le kitesurf."

 

Ça me semblait amusant et je pouvais les regarder pendant des journées entières. Je rêvais de faire pareil un jour. Quand Bertrand est parti quelques semaines plus tard, il m’a annoncé qu’il reviendrait vite. Mais je n’y ai pas trop prêté attention, ici tout le monde dit la même chose. Pourtant, seulement un mois plus tard, il est revenu avec sa petite amie Tuva. Elle faisait tellement bien du kitesurf qu’on aurait dit que c’était trop facile. C’est pourquoi quand Bertrand m’a dit qu’il allait m’apprendre, j’étais plutôt confi ant. En quelques jours, je m’entraînais à tirer des bords et à la fi n de la première semaine, je pouvais déjà rider sur les vagues ! J’en avais quand même surfé pas mal avant qu’on passe la seconde dans mon apprentissage. Aujourd’hui, je tiens l’école de kite de Ho’ho. Vu que la saison de vent ne dure que deux mois par an, ce n’est pas le meilleur gagne-pain, mais ça aide. Le reste du temps, je répare des ailes déchirées ou cassées ; souvent j’en reçois de kitesurfers novices qui n’avaient jamais pratiqué auparavant et qui ont à peine le temps de se prendre quelques grosses vagues.

 

"Ici, il n’y avait pas grand-chose, pas de vraie route ni d’électricité."

 

Les touristes ont participé à l’amélioration de la vie des habitants de Ho’ho. Il y a maintenant plus de travail et donc plus d’argent à gagner. On dispose du téléphone, de l’électricité, de la télé et de bien plus belles routes. Les conditions de vie y sont bien meilleures, même si certains aspects n’ont presque pas changé, comme les conditions de santé. Je me sens vraiment chanceux de pouvoir travailler avec des touristes plutôt que de trimer dans les champs de riz comme la plupart des gens sur l’île. C’est un travail très dur qui paye seulement 2 $ pour une journée entière. Il y a beaucoup de pêcheurs à Ho’ho, car l’océan est riche en poissons. L’année dernière, j’ai acheté un petit bateau, ce qui me permet aujourd’hui de proposer aux touristes deux activités, pêche et kitesurf. Le mois de septembre, qui était plutôt calme à l’époque, voit débarquer aujourd’hui pas mal de kitesurfers. Les transporteurs à moto sont ravis car ces surfers ont besoin d’aide pour porter leur matos une fois les longues sessions terminées. C’est grâce à eux qu’aujourd’hui ils peuvent se payer de belles motos à crédit.

 

"Je me sens vraiment chanceux de pouvoir travailler avec des touristes."

 

Je suis vraiment content que mes amis Bertrand et Tuva aient décidé de faire construire leur maison dans mon village. Je me sens plus en sécurité pour l’avenir car je m’intéresse de près au futur de ma communauté. Construire une maison en Indonésie n’est pas chose facile pour un étranger, cela demande du courage et beaucoup de patience. Les lois y sont moins avantageuses, et la culture est vraiment différente, c’est donc un gros défi . Ils nous ont beaucoup aidés ma femme et moi, et je leur suis vraiment reconnaissant. Peut-être qu’un jour Bertrand apprendra le kite à mon nouveau-né Kewin. Je rêve qu’il soit plus tard aussi fort que lui et les autres pros qui viennent chaque année, pour qu’il puisse voyager vers d’autres pays. Non pas que la vie soit mauvaise ici, mais cela a toujours été mon rêve de partir découvrir ce qu’il y a ailleurs. Pouvoir enfi n visiter les endroits où vivent mes amis qui viennent ici, les spots de surf qu’on voit dans les fi lms ou dans les reportages télé. Mais pour l’heure, j’aimerais qu’il y ait des vagues et du vent car cette année a été la pire pour le kite. Et s’il n’y a pas de vent, il n’y a plus de business pour moi.

 

Bertrand et Tuva vous invitent à venir passer un moment chez eux en Indonésie. Vous pourrez y apprendre les techniques pour devenir un meilleur rider et vivre une expérience que vous n’aurez jamais ailleurs. Tapez www.indokitecamp.com pour plus d’informations. Le camp est ouvert cette année, et ils sont déjà en train de prendre les réservations pour l’année prochaine.

 

PAR TUVA JANSEN
TRADUIT ET REMIS EN FORME PAR KEVYN MAJAX
PHOTOS BEN THOUARD