Trips

Les îles lunaires.

Hervé Bouré, globe-trotter invétéré en quête de vagues et Julien Kerneur, jeune loup ultra-polyvalent, se sont mis en tête de faire le tour des îles situées à l’ouest de l’Afrique du Nord. Cap-Vert et Canaries.

Le terme Macaronésie vient des mots grecs “makaron” et “nesoi” qui signifient les îles fortunées. D’après les légendes, c’était l’Eden, un lieu pour les dieux. Perso, je dirais que ça y ressemble et que l’endroit vaut vraiment le déplacement. L’appellation regroupe un ensemble d’îles disséminées dans l’Atlantique Nord-Est, au large du continent africain, des territoires satellites de l’Europe parmi la multitude des collectivités d’outre-mer dispersées sur l’ensemble de la planète. Cette région comprend les îles Canaries (Espagne), les Açores, Madère (Portugal) et le Cap-Vert. C’est une entité géographique qui partage les mêmes liens culturels, la même histoire, les mêmes faunes et flores, et surtout les mêmes trésors pour les kitesurfers. Véritables aubaines pour les riders européens, ces îles proches et faciles d’accès offrent des conditions idéales pour le kite : plans d’eau fl ats, vagues, excellentes statistiques de vent, températures rêvées. Chacune a sa meilleure période, qui ne chevauche jamais celle des autres, le plan parfait !

 

HIVER 2010

Alors que la France subit l’un des hivers les plus rigoureux de ces dernières années, nos correspondants nous annoncent qu’au Cap-Vert, le phénomène El Niño envoie houles parfaites sur houles parfaites, accompagnées de vent… L’archipel du Cap-Vert, au large des côtes du Sénégal, de la Gambie et de la Mauritanie, est une ancienne colonie portugaise qui a accédé à l’indépendance en 1975. Deux séries d’îles, toutes d’origine volcanique, composent le pays : au sud, Sotavento (Brava, Fogo, Santiago et Maio), au nord Barlavento (Boa Vista, Sal, São Nicolau, Santa Luzia, São Vicente et Santo Antão). C’est à Sal, la plus fréquentée, que nous atterrissons après une escale à Lisbonne. En une dizaine d’années à peine, le paysage de ce spot est passé d’un désert magnifique à une triste barre de béton gris et uniforme. La bulle immobilière a explosé, laissant une majorité de chantiers à l’abandon. Nous arrivons tard dans la nuit et nous réveillons au son des vagues qui cassent sur le reef. C’est parti pour le check matinal d’est en ouest. À l’est, le spot de Kite Beach, anciennement Shark Beach (mais on nous a demandé de ne plus utiliser ce nom !) réveille nos sens engourdis par le froid. Le vent est encore léger, side-on, le plan d’eau bien flat pour les tricks devant, tandis que quelques vagues cassent un peu plus au large, sur une barrière de corail. À l’ouest, les vagues viennent déferler sur le récif acéré de Punta Preta, le célèbre spot qu’on ne présente plus.

 

"Surf tôt le matin sur Punta pour un réveil énergique, petit-déjeuner copieux puis direction Kite Beach"

 

Les locaux nous confirment que c’est une excellente année, avec des hauteurs de vagues rarement enregistrées sur ces côtes. Notre semaine se déroule comme sur des roulettes, le vent et les vagues sont au rendez-vous tous les jours. Très vite, une routine se met en place : surf tôt le matin sur Punta pour un réveil énergique, petit-déjeuner copieux puis direction Kite Beach dès que le vent se lève. Julien est dans son élément, son extrême polyvalence bluffe tout le monde. Tout juste descendu de deux podiums sur le circuit de PKRA en race, il envoie tous les tricks new school du moment avec sa Furia et sa Lux. C’est agréable de le voir évoluer, enchaîner les figures de son répertoire très varié, autant à l’aise dans une transition one foot que dans un KGB. Hervé rumine, se plaint d’avoir beaucoup de travail. Metteur au point pour Takoon, il doit tester et finaliser la prochaine gamme Chrono, il peaufine les derniers réglages. Par contre, dès que le vent est idéalement orienté, c’est le premier à se jeter à l’eau à Punta. Cette vague world class n’est pas à la portée de n’importe qui, le vent souvent très off et les rochers très proches ne permettent pas l’erreur. Profitant des conditions régulières de la semaine, nous sillonnons de nombreuses pistes pour explorer les plages plus au nord. Au Cap-Vert, c’est à l’américaine, il faut maîtriser la conduite en 4×4 et savoir se débrouiller tout seul en cas de crevaison. On fait pire : deux pannes d’essence au milieu du sable. Sans commentaire (trop mauvais souvenir)… Les paysages sont splendides sur fond de volcan, c’est le genre de vision qui vous pousse à voyager, surtout lorsque le froid inonde l’Europe. Nous clôturons ce trip par une session de nuit. La journée nous avait pourtant déjà offert des visions indécentes, mais comment partir devant ce spectacle ? Le soleil commence à teinter le décor de rouge, c’est au tour de la photo aquatique au fl ash d’entrer en scène. Julien se lâche sur un spot très tricky à marée basse, tout le monde devient assistant photo pour aider à capturer ce moment magique.

 

ÉTÉ 2010

La France est en pleine coupure estivale traditionnelle. Pas de vent, pas de vagues, les touristes s’agglutinent sur les plages, envahies de glaces et de churros… Il est donc plus que temps pour nos deux riders de reprendre l’exploration de la Macaronésie, direction les Canaries. Cet archipel est une région autonome d’Espagne dont la pointe orientale se situe à seulement 100 km à l’ouest du Maroc. Elle compte sept îles principales : Tenerife, Fuerteventura, Gran Canaria, Lanzarote, La Gomera, El Hierro et La Palma. La population de deux millions d’habitants en fait la collectivité d’outre-mer la plus peuplée de l’Union européenne. La destination est très prisée par les touristes (notamment italiens), aussi circulerons-nous d’île en île tout en taisant le nom des spots visités pour préserver la population locale. L’été est la période favorable pour les vents, l’alizé est très régulier et fort.

 

"Au Cap-Vert, le phénomène El Niño envoie houles parfaites sur houles parfaites, accompagnées de vent" 

 

Les températures sont douces, l’eau couleur Caraïbes. Ce n’est par contre pas la meilleure période pour les vagues, mais le wind swell peut offrir de belles surprises sur ces côtes découpées qui prennent toutes les orientations possibles. Arrivés à midi, nous découvrons un paysage quasi identique à celui du Cap-Vert, on est encore sur la Lune ! Julien nous attend dans sa voiture remplie de sable. Il vient de finir une étape du PKRA dans le sud de Fuerteventura. Beaucoup de riders sont présents sur la zone, principalement sur Fuerte pour s’entraîner, ou sur Tenerife pour une étape de vagues. Notre parcours aux Canaries va nous faire découvrir tous les aspects de l’archipel. La plupart des transferts sont simples, certains s’effectuent par ferry, d’autres par petit avion. Nous circulons donc de spot en spot, à la recherche de plages désertes, de lagunes bien orientées, de vagues. Julien est maintenant équipé de son nouveau jeu de Chrono et il est bien décidé à prouver qu’il ne s’agit pas d’une aile de race ! Engagé et très stylé, le jeune Breton (qui commence à avoir des couleurs Les sessions s’enchaînent, les voitures ne ressemblent plus à grand-chose à force de faire du rallye. En dehors de quelques spots connus où tout le monde s’agglutine, nous nous retrouvons souvent dans des endroits vierges, avec pour seuls spectateurs quelques africaines d’ailleurs) envoie dans tous les sens. Sa progression fulgurante va de pair avec sa motivation. Hervé Bouré ne lâche pas le morceau et vient montrer qu’il est encore là sur une session de Nuclear grab dans 40 noeuds choppy. campeurs roots. De grandes plages désertes s’étendent à perte de vue, encore des volcans en fond, de belles traversées en kite, incroyable pour la période !

 

"La pression monte avant qu’on trouve la perle rare : une superbe gauche qui déferle dans des couleurs de rêve."

 

Deux jours avant le départ, chose assez rare pour la saison, un bon swell est annoncé. L’équipe se prépare ! Notre jeune loup breton passe en mode surf en un clin d’oeil, juste hallucinant ! Check du matin : le swell est bien rentré, l’occasion de surfer à la rame avec nos nouvelles Burning en attendant que le vent se lève. Ensuite, c’est le stress pour trouver le bon spot, le premier est trop on-shore, le second déventé, la pression monte avant qu’on trouve la perle rare : une superbe gauche qui déferle dans des couleurs de rêve, sur un arrière-plan de fou. Nous avons trop perdu de temps, tout le monde s’empresse d’aller se défouler avec les Soul Kites, conçues entre autres pour cette pratique. La nouvelle tendance est là, sans strap. Une façon de rider qui permet de rester toujours au coeur de la vague et de ressentir sa puissance. L’exercice n’est pas simple, mais on assiste à de superbes enchaînements sur le spot jusqu’à la nuit. C’est éreintés que nous attaquons la dernière journée du trip. Réveil matinal, direction un spot désert pour des photos aériennes. Hervé s’attaque à un joli beach break alors que Julien envoie en freestyle avec sa planche de surf. Et puis il est temps de rentrer, d’affronter les galères : rendre la voiture de location en piteux état, négocier les excédents de bagages… mais avec des souvenirs plein la tête. Heureusement, nous savons déjà que nous allons repartir vite : au programme, les Açores et Madère. À suivre donc.

 

Texte de Stan "Islas" Macaronésie
Photos de Manu Morel